Nucléaire mon amour

Le nucléaire fait peur. Le mot est à peine prononcé que les images de Fukushima et Tchernobyl nous viennent à l’esprit, en bonne position aux côtés de la bombe H et des essais nucléaires français. Pourtant, utilisée convenablement, cette technologie est pleine de promesses, susceptible de nous fournir l’énergie de l’avenir : propre, bon marché et surtout extraordinairement abondante.

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À la Société Française de l’Énergie Nucléaire (SFEN), on y croit dur comme fer. L’association – qui regroupe plus 3500 acteurs de l’industrie et de la recherche nucléaire française – organise depuis maintenant 4 ans le colloque annuel “Atoms for the Future”, qui propose des visites et des conférences pour réfléchir à la place du nucléaire dans l’avenir énergétique. La SFEN a beau s’en cacher, elle est sans équivoque le lobby français le plus puissant en faveur du nucléaire. Mais force est de constater que ses arguments sont intrigants.

Une énergie bon marché, ultra-productive et écologique

A la tribune du colloque, les experts nucléaires viennent d’EDF, d’AREVA ou encore de la commis- sion nucléaire de l’OCDE, et leurs opinions sont unanimes : le futur sans énergie atomique est au mieux un délire d’écolo, au pire un mensonge populiste. Bien sûr, le nucléaire n’est qu’un outsider au niveau mondial, où il ne représente que 13% de la pro- duction énergétique, contre 40% pour le charbon et 22% pour le gaz. Mais pour ce qui est de l’écologie, l’énergie atomique fait figure d’enfant modèle comparée à ses deux ainés : le charbon et le gaz rejettent respectivement 953 et 365g de CO2 par kWh produit alors que le nu- cléaire n’en produit pratiquement pas.

Un argument séduisant mais qui, en France, prêche des convertis. L’Hexagone est déjà un grand fan de l’atome : 76% de notre électricité provient du nucléaire. Une proportion bien supérieure à celle de nos voisins européens mais dont les bénéfices sont sans appel. La France est non seulement un des plus gros producteurs électriques d’Europe – avec 541 TWh produits en 2012 – mais aussi un des moins cher et un des plus propres. Ainsi, en 2013, 1kWh (soit une demi-heure de sèche-cheveux) ne coûte que 14,1 centimes chez nous, alors que la moyenne européenne est à 18,6 et que le prix peut atteindre 21,9 centimes chez nos voisins italiens. Seuls 79g de CO2 ont été émis pour fabriquer ce kWh en France, contre dix fois plus en Pologne et quatre fois plus dans l’ensemble de l’UE. Face à un public jeune qui mélange chercheurs, entrepreneurs et étudiants de la filière atomique, les intervenants de la conférence martèlent leurs arguments. Dans les yeux du public, Fukushima est déjà loin et l’on se prend à imaginer un avenir radieux où l’énergie est sur-abondante, bon marché et écolo. Bien sûr on préfèrerait voir ce rêve réalisé par les énergies renouvelables. Mais la réalité nous rattrape bien vite : les énergies vertes coûtent cher à implanter et leur rentabilité n’a rien à voir avec celle du nucléaire. Adieu l’énergie en masse pour pas cher.

Une ressource formidable mais surement pas miraculeuse

Le nucléaire est-il pour autant la solution miracle qu’on nous présente ? Les participants à la conférence ont la foi mais gardent les pieds sur Terre : l’installation et l’entretien de centrales performantes prennent beaucoup de temps et énormément d’argent. La construction du réacteur EPR nouvelle génération à Flamanville a vu son budget déraper tranquillement de 3 à 8,5 milliards d’euros et la fin des travaux ne cesse d’être reportée. Et ce n’est pas tout, la nucléaire a beau être une mécanique formidable, elle demande de la matière première et pas des moindres : de l’uranium. Un produit fabuleusement rare, importé de l’étranger et dont le coût ne cesse de fluctuer sur le marché dérégulé, empêchant les investisseurs d’avoir une vision à long terme. Tout ça sans parler des déchets nucléaires, dont le simple transport coûte 4,5 millions d’euros par an aux contribuables, et de la possibilité d’un accident, dont le coût humain, financier et environnemental serait stratosphérique. Voilà de quoi faire vaciller le géant de son piédestal. Les jeunes conférenciers s’accordent d’ailleurs pour dire que le nucléaire ne serait qu’une des composantes (majeure, certes) du mix énergétique idéal pour l’avenir, qui inclurait évidemment un maximum d’énergies renouvelables mais limiterait autant que possible l’usage du gaz, du fioul et du charbon. Un scénario qui semble de plus en plus probable, Jean-Marc Ayrault ayant annoncé en septembre qu’il comptait utiliser les recettes de l’industrie atomique pour financer la transition énergétique. La machine à milliards nucléaire n’a donc pas prévue de s’arrêter de sitôt et les Français ne sont pas là pour s’en plaindre, un sondage CSA de 2011 révèle qu’ils sont une majorité de 34% à être favorable à l’utilisation de cette énergie polémique.

 

Par Vincent Souchon

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