Le Quidditch, c’est pas sorcier !

“ BROOMS UP ”, hurle Corwin Falfus dans un cri d’excitation non dissimulée. Les joueurs, auparavant agenouillés, têtes baissées, yeux fermés, balais couchés à terre, s’élèvent alors dans un mouvement commun pour une course effrénée vers le centre du terrain. “ Au début du match, on est toujours assez fébrile. On est pressé d’en découdre ”, confie l’arbitre sans quitter des yeux le jeu qui débute.

crédits : page Facebook Paris phénix Quidditch

crédits : page Facebook Paris phénix Quidditch

Le jeu en question, c’est le Quidditch. Et “ brooms up ” pourrait être traduit par “ enfourchez vos balais ”. Directement tiré de la saga de J.K. Rowlings, la discipline a été adaptée “ à la sauce Moldu ”, comprendre pour les non-sorciers. Une pratique peu connue en France, mais déjà bien installée aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne. Dans l’hexagone, ils sont dix-neuf équipes, dont les Paris Phénix Quidditch, champion d’Europe de la discipline. Tous les samedis matin, ils s’entraînent à la fac de Staps du 15e arrondissement. Objectif : rester à la hauteur de leur réputation.

GAME Les températures frôlent à peine les dix degrés lorsque la vingtaine de joueurs présents ce week-end entament leur échauffement. Corwin Falfus donne à la petite équipe les premiers exercices de la matinée. Il est à la fois entraîneur et président de l’association Paris Phénix Quidditch. Et cet étudiant en staps ne rigole pas avec la santé : “ Dans ce sport, on sollicite beaucoup de muscles, et comme il fait froid ce matin mieux vaut être bien échauffé ! ”

Alors que les premières balles sont échangées, Mathieu observe ses coéquipiers postés en retrait. Aujourd’hui, il est spectateur. Il se rappelle de la première fois où il a foulé le terrain : “ Un ami m’avait parlé de ce sport, les règles m’avaient intriguées. ” Ces dernières sont pour le moins nombreuses. La plus improbable étant le port obligatoire d’un balai entre les jambes. “ C’est comme le vrai Quidditch sauf qu’on ne vole pas ”, analyse Mathieu. Ajoutant : “ En fait, le Quidditch mélange plusieurs sports, dont la balle aux prisonniers et le rugby. ”

Ils sont sept par équipe. Trois d’entre eux ont pour mission de gagner des points en marquant dans les trois cerceaux placés à chaque extrémité du terrain. Appelés les Poursuiveurs, ils peuvent plaquer leurs adversaires pour récupérer la balle et vice versa. Face à eux, il y a le gardien, qui protège les trois buts. Deux autres joueurs, dits Batteurs, sorte de snipers, tentent de toucher leurs adversaires à l’aide des cognards, trois balles dédiées à ce versant du jeu. Et comme à la balle aux prisonniers, ils immobilisent l’équipe adverse en les visant les uns après les autres. Reste l’Attrapeur, position qu’occupe Harry Potter. Ce dernier doit attraper le vif d’or, remplacé dans la version moldue par une balle de tennis accrochée à un arbitre, qui déambule sur le terrain pour échapper à ses poursuivants. Le vif d’or est attrapé, le match est terminé.

FANS Sur le terrain, ces règles se traduisent par un joyeux bordel. “ C’est vrai qu’il se passe beaucoup de chose en même temps, mais c’est ça qui rend le jeu intéressant ”, plaisante Julianne. Petite blonde décolorée à l’allure chétive, elle arbore fièrement son look de joueuse de soccer. “ Dans Harry Potter ils volent ! Donc il n’y a pas de problème avec les capes. Pour nous c’est plus compliqué ! ” À Amélie d’ajouter : “ En plus, si un cognard touche la moindre partie de notre tenue, on est immobilisé. Alors les capes c’est vraiment pas pratique pour jouer. C’est pour ça qu’on porte des vêtements très proches du corps. ”

Ces deux là sont de vraies fans d’Harry Potter. Le genre à faire des soirées à thème. “ On se réunit, on parle de magie, on boit de la bière au beurre et on mange des gâteaux à la citrouille ”, intervient Mathilde timidement. Cette étudiante en école d’infirmière se fait appeler Tinkerbell sur le terrain, sorte de nom de scène. Du haut de ses 26 ans, elle préfère rester discrète quant à ses activités autour d’Harry Potter, Quidditch inclus. “ Lorsqu’on évoque ce sport, ça entraîne le plus souvent des ricanements et des moqueries ”, avoue Mathilde rejointe par Amélie. A 22 ans, cette dernière sait où elle va. Avec comme projet de devenir professeur, elle redoute que le sport de balais puisse la desservir. “ Je n’ai pas envie que des futurs élèves tombent sur des vidéos de moi en train de jouer. J’aurais peur qu’ils ne me prennent pas au sérieux. “

crédits : page Facebook Paris Phénix Quidditch

crédits : page Facebook Paris Phénix Quidditch

FIGHT Pourtant, le Quidditch est bel et bien considéré comme un sport à part entière par les joueurs sur le terrain. “ Il suffit que les gens nous voient jouer. Ils veulent très vite essayer “, assure Mathieu. Et fans d’Harry Potter ou pas, ils s’accordent tous sur un point : c’est un sport physique. Qui plus est violent. Le meilleur exemple est celui d’Amélie : “ Au championnat du monde, en Floride, j’ai été renversée par un adversaire. Un garçon baraqué. Je me suis effondrée, j’ai perdu connaissance. Au réveil, j’avais perdu la mémoire, un trou d’un mois. “ Paniquée, la joueuse ne savait plus où elle se trouvait, ne comprenait plus sa présence à l’étranger et pourquoi tout le monde parlait anglais. “ Je me suis cachée sous une table, j’étais perdue “, se souvient-elle amusée. Finalement, elle a recouvré la mémoire progressivement les jours suivants.

Cette aventure ne l’a pas empêchée de retourner sur le terrain. “ Au contraire, ça forge le caractère “, assure les filles de l’équipe, qui n’ont pas peur de se frotter à plus fort qu’elles. Sûrement une force pour les Paris Phénix Quidditch, qui après avoir gagné la coupe d’Europe de la discipline ont remporté le Belgium Tournament fin novembre, championnat qui regroupe différents pays européens. Dans le classement, ils sont suivis par les Frog, la seconde équipe de Quidditch de la capitale. La discipline risque d’avoir de beaux jours devant elle dans l’hexagone.

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