Bruno Gaston, un enfant du rock à Europe 1

Portrait – A 48 ans, l’inclassable Bruno Gaston distille son savoir-faire sur les ondes d’Europe 1, dernière étape en date d’une carrière très riche.


Si tant est qu’elle l’ait déjà été, l’ambiance n’est pas des plus sereines, Rue François 1er, en cette matinée d’octobre. Sur fond de restructuration du périmètre de l’activité presse de la maison-mère Lagardère, les équipes d’Europe 1 attendent de pied ferme les résultats de la prochaine vague d’audiences radio. Tombés depuis notre visite sur place,  ils créditent la station d’un rebond de 0,3 point d’audience cumulée (à 9,3) pour le moins inattendu au moment où les deux concurrentes historiques RTL et Inter sont à la baisse. Une performance d’autant plus étonnante qu’elle intervient dans le contexte d’une grille profondément modifiée cet automne. Alors que les tranches d’info restent stables, ce sont bien les programmes de divertissement qui semblent surnager. En poste depuis janvier 2011, Bruno Gaston, Directeur Délégué d’Europe 1, est l’artisan de ce redressement. Arrivé dans les bagages de Denis Olivennes qui l’a connu à Canal Plus, ce presque quinquagénaire cultive une approche humaine de son métier. Ce qui «détonne dans ce milieu », chuchote son assistante. Rencontre avec un enfant du rock atypique et un véritable homme de programmes.

Hanouna superstar

Il faut se méfier des préjugés. Du bureau d’un ancien collaborateur d’Alain De Greef, incarnation vivante du fameux « Esprit Canal » (si ce dernier a existé), on attend un joyeux bazar, des feuilles volantes, et de la pop culture partout. Raté : celui de Bruno Gaston brille par sa sobriété, à peine troublée par un poster musical par-ci et une référence à son bébé « les Inrockuptibles » par-là. En comparaison, la pièce allouée à Jean-Pierre Elkabbach, littéralement inondée de livre en tout genre, ferait presque figure de tanière anarcho-punk. Ce paradoxe n’est qu’apparent, car on a vite fait de comprendre que la véritable maison de cet éternel curieux de 48 ans, c’est l’antenne, au sens propre. C’est encore en régie qu’il se trouve juste avant de nous recevoir, pour le début de l’émission de l’omniprésent Cyril Hanouna, « un mec qu’on a pas fini de voir » et sur lequel il ne tarit pas d’éloges. Hanouna, dont la case est en progression par rapport à l’an dernier (+24000 auditeurs), c’est Gaston qui est allé le chercher, après l’avoir déjà propulsé sur France 4, dont il a piloté l’antenne pendant 5 ans : « Ca a pris du temps de l’installer, On a essayé beaucoup de choses qui n’ont pas marché, dont un plagiat éhonté de l’Académie des Neuf » dont on n’avait pas les droits ! » se souvient-il, pour mieux souligner qu’il faut « du temps » pour « installer des visages », un fil conducteur de sa carrière.

Un artisan de l’audiovisuel

De la grande époque de « Nulle Part Ailleurs » aux divertissements de France 2, en passant par France 4 donc, on lui fait remarquer qu’il l’a toujours eu, ce « temps », ce à quoi il acquiesce volontiers. Tout en insistant sur le fait que « la finalité dans ce métier, ça reste toujours de faire de l’audience ». Il rejette en revanche fermement l’idée selon laquelle il serait d’abord « parisien » dans sa manière de concevoir l’antenne : « Je suis né à Paris, ça c’est vrai, je n’y peux rien et je ne vais pas m’en excuser, mais je n’ai jamais eu l’impression d’être dans une vision parisienne ». Au passage, il révèle d’ailleurs que c’est justement l’approche culturelle « trop rive droite » à son goût de Stéphane Simon qui l’a notamment conduit à ne pas renouveler les émissions produites sur France 4 par ce dernier. Loin de l’image fantasmée de saltimbanque autiste et étranger à l’audience que véhiculait à dessein Pierre Lescure pour évoquer ses équipes, Bruno Gaston n’est pas un excentrique, ni un OVNI. C’est simplement quelqu’un qui aime l’antenne qu’il confectionne. Une sorte d’artisan, en somme. Dans un paysage audiovisuel où des patrons de chaines se vantent de ne pas regarder la télévision, cette nuance suffit à surprendre. Le contraste avec l’austérité affichée par Fabien Namias, nouveau patron d’une organisation interne quelque peu bancale à Europe 1, est à cet égard plutôt saisissant.

Un peu de musique, évidemment

Alors que certains décideurs des médias affichent volontiers leur goût pour la culture – on se souvient qu’Axel Duroux, alors à la tête de RTL, avait passé une nuit d’antenne à commenter sa « playlist » idéale- on attend forcément Bruno Gaston sur ce terrain-là. Car s’il existe une ligne directrice dans son parcours, de la création des Inrocks à sa pige d’un un an chez EMI en passant par les lives de « NPA », c’est bien sa passion pour la musique. Mais là encore, celui dont l’activité sur Twitter se résume à partager des vidéos musicales via Youtube se fait relativement discret. A peine consent-il à regretter que France Télévisions ait arrêté « Taratata » au lieu de « mettre de l’argent pour relancer l’émission », ou à trouver le nouveau module « Alcaline » un peu « cheap ». On s’attendait à un peu plus d’exubérance dans la forme, et c’est peut-être ça, le paradoxe Bruno Gaston : après une heure d’entretien durant laquelle il s’est excusé de la longueur de ses monologues passionnants, sa courtoisie et sa capacité à se fondre dans son environnement nous feraient presque oublier  qu’une telle disponibilité est en soi quelque peu surnaturelle dans l’audiovisuel.

Publicités

Une réflexion sur “Bruno Gaston, un enfant du rock à Europe 1

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s