« J’ai loué un chien à Tokyo et je me suis fait enfermer dans un cercueil à Séoul »

Publié initialement sur 0street-press-news-reportages-logo

Pour l’émission Les Nouveaux Explorateurs, Alexandra Leroux sillonne la planète. Plus de 20 pays en 6 ans de programme. Elle nous raconte ses souvenirs de tournage les plus marquants.

Une musique cubaine au rythme tranquille se joue en arrière-fond, masqué par le brouhaha des clients du Comptoir Général, ce vendredi soir. Accolé au quai Valmy, dans le 10e arrondissement, l’établissement atypique sert de musée, restaurant, bar et accessoirement de plateau de tournage pour l’émission Les Nouveaux Explorateurs. « C’est un lieu alternatif et underground qui nous ressemble », assure Alexandra Leroux, une petite brune aux yeux marrons, rouge à lèvres discret. Avec ses acolytes, ils sont les « globe-trotteurs » de Canal +. Ils opèrent aux quatre coins de la planète pour en ramener des films diffusés tous les dimanches sur la chaîne cryptée.« On prend les clichés, on les tourne, on les retourne, et on leur fait la peau ! »

Depuis les débuts de l’émission en 2007, Alexandra a promené sa caméra de Séoul à Moscou, en passant par Chicago. Au total une vingtaine de villes. Un demi de bière bio en main, l’exploratrice se prête au jeu du carnet de voyage : à chaque ville son épisode marquant, son aventure inattendue, sa galère mémorable.

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SEOUL : « J’ai été enfermée dans un cercueil. »

La réalisatrice a voulu y aborder la question du suicide. Pas hyper funky d’entrée de jeu. « A l’époque, la Corée du Sud était le sixième ou septième pays au plus haut taux de suicides dans le monde, on était obligé d’en parler ». Dans ses recherches, elle déniche cet atelier de « well dying » (Bien mourir, ndlr), ironiquement mis en place par une entreprise d’assurance-vie. Entre deux diapos sur le thème « pourquoi la vie est importante » et un cours de « comment écrire sa lettre d’adieu à ses proches », il y avait cet exercice glauque : passer cinq minutes dans un cercueil. « Ils miment la fermeture du coffre, comme si on le clouait, avec un marteau et tout. »

La baroudeuse a expérimenté. Et elle se rappelle avoir dû prendre sur elle. « Je me suis obligée à considérer ces cinq minutes comme du repos forcé. » Une fois sortie, elle a voulu partager son expérience avec le reste du groupe. Mais voila, « les codes en Asie ne sont pas les mêmes qu’en Occident ». Renfermés, silencieux, yeux fuyants, il s’avère que la tentative d’approche de la journaliste est tombée à l’eau confrontée à des Coréens distants. « Un grand moment de solitude. »

TOKYO : « J’ai loué un chien. »

Lors de son voyage au Japon, la grande mode c’était les bars à oxygène et la location d’animaux de compagnie. Elle a donc fait les deux. Accompagnée de son ami à quatre pattes pour la soirée, la présentatrice de Canal + s’est rendue dans un de ces bars où on l’a placée dans une capsule futuriste. « C’était irréel, j’avais l’impression d’être dans un vaisseau spatial. Et pareil pour mon chien dans la capsule d’à côté ! » On leur injecte alors deux grands shots d’oxygène.

« Combien de temps ça a duré ? Aucune idée. Pas longtemps. Mais quand on est ressortis, ni mon chien ni moi ne marchions droit. » Les souvenirs sont flous. Alexandra se rappelle de séquences du documentaire où elle n’a pas l’air dans son assiette. « J’étais en l’air, shootée. » Le canidé aussi.

CHICAGO : « J’ai vraiment flippé. »

Sûrement un des moments les plus dangereux de ses tournages. La journaliste avait rendez-vous avec l’association Cease Fire (Cessez le feu, ndlr) dans le South Side, un quartier pas réputé pour ses enfants de cœur. « C’était un groupe d’ex-tolards qui œuvraient pour aider les jeunes du coin. » Le programme initial : faire le tour du voisinage avec eux. Mais la balade n’a jamais eu lieu. Le problème ? Tenter une sortie s’est révélé être risqué. Des groupes les attendaient semble-t-il dehors. Sans compter que les responsables du groupe ne semblaient pas rassurés à l’idée de se promener avec une équipe de télévision de petits blancs étrangers.

Pour la sécurité de tout le monde, le tournage s’est fait exclusivement en intérieur. « Je me souviens lorsqu’on est partis, notre chauffeuse m’a dit “Dangerous Alex, dangerous”. Pourtant on est restés dans les locaux de l’assoc’ », rembobine-t-elle. Déçue mais consciente du danger, Alexandra se rappelle que sur les quinze jours de l’équipe en ville, une quinzaine de meurtres ont eu lieu dans le quartier. Sale histoire.

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LE CAIRE : « Je me suis fait tirer les cheveux. »

Elle esquisse une grimace. Un mauvais moment apparemment. « Il y a des voyages qui se déroule mieux que les autres », soupire-t-elle. Celui-ci semble faire partie de ceux qui se sont mal passés. Elle se rappelle s’être fait agripper la tignasse dans un marché, dès le premier jour de tournage. Pourquoi ? « Je ne sais pas trop. Sûrement parce que je ne portais pas le voile ou quelque chose comme ça. » Ce qui l’a marquée, « la montée de l’islamisation ».

L’équipe est tombée au mauvais moment. « C’était sous Moubarak. Nous n’étions pas les bienvenus. Nous sortions des sentiers tout tracés pour les touristes et ça ne plaisait pas. » Un jour, ils sont partis tourner dans un quartier excentré. Le genre de « quartiers informels », qui n’ont aucune existence légale. « Je prenais des photos, et un gendarme m’a repérée. »Elle demande au reste de l’équipe de partir devant alors qu’elle se fait arrêter sur le bord de la chaussée. L’histoire n’a pas fini au poste, mais le flic lui a fait effacer toutes ses photos, sans exception. « Ca m’a foutu les boules, mais au moins il n’a pas pu toucher aux bandes. »

MOSCOU : « J’ai dansé dans un parc avec une grand-mère bourrée. »

Pensive, Alexandra marque un temps d’arrêt. « Moscou, c’était un peu comme aller chez l’ennemi », finit-elle par lancer. D’origine tchèque, l’exploratrice explique son histoire compliquée avec la Russie, les yeux dans le vague. « Pour moi, les Russes étaient un peu les bad guys. Ceux qui ont fait que je ne pouvais pas voir ma famille. Qui ont empêché mon enfance d’être jolie et dorée. » Une fois sur place, elle s’est surprise à les apprécier ces « bad guys ».

Elle se rappelle notamment d’une de ses rencontres. L’équipe de tournage était dans un parc. Des vieux un peu bourrés y dansaient. « Ca empestait la vodka. » Une mamie bien éméchée la prend dans ses bras et l’entraîne dans sa ronde. « Ca m’a foutu les boules. Parce que ces vieux malheureux, pauvres, coincés dans leur misère, ce sont les laissés-pour-compte, les dommages collatéraux de la chute du communisme. Comment tu veux leur en vouloir de regretter l’ancien régime ? » Tiraillée entre son expérience et la réalité qu’elle a découverte sur place, c’est amère que la globe-trotteuse retrace son voyage, indignée devant les excès de certains et la misère des autres.

BACKPACKER New-York, Berlin, Tel Aviv, Buenos Aires, la liste est longue et les histoires toutes plus improbables les unes que les autres. Au cours de ses voyages, elle assure avoir remarqué un essor de la consommation collaborative, des échanges, du partage. « Nous sommes dans une phase de transition. Je ne pense pas que les individus se replient sur eux-mêmes en période de crise. Au contraire. Je l’ai vu, on le sent, il y a plus de sollicitude, de bienveillance entre les gens. »

 Alexandra Leroux ne se voit pas arrêter d’arpenter la planète. Il reste tellement de choses à voir ! Prochaine expédition ? « L’Afrique du Sud. On en a beaucoup parlé avec Mandela. Et c’est un pays plein de clichés, une des nouvelles destinations vacances bobos à la mode. Qu’est ce qui se passe derrière ça ? »

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