« En Centrafrique, les femmes sont victimes de la violence et de l’horreur »

Yvonne Mété

Le 26 novembre débutait l’opération française Sangaris pour aider la Centrafrique à mettre fin à ses affrontements religieux. Malgré tout, les combats continuent, les exactions et les lynchages se perpétuent entre les anti-Balaka et les membres de la Séléka. Au milieu de ce chaos, les femmes sont les premières victimes des violences les plus terribles : le viol est notamment utilisé comme arme de guerre. Yvonne Mété Nguemeu, originaire du pays et présidente de l’association « Centrafrique sans frontières » en France, connaît bien la situation de ces femmes. Elle en a d’ailleurs écrit un livre il y a quelques années. Plus que jamais aujourd’hui, elle continue à les aider comme elle peut, malgré la guerre civile.

 « Femmes de Centrafrique, âmes vaillantes au cœur brisé » 

Le livre s’appelle Femmes de Centrafrique, âmes vaillantes au cœur brisé. Il raconte l’histoire de ces femmes comme Yvonne qui espéraient, qui croyaient en l’avenir suite à l’indépendance en 1960 mais qui ont ensuite été déçues. En effet, les problèmes se sont accumulés et le pays peine à se construire.

En 1979, alors que la Centrafrique subit le régime dictatorial de Jean-Bedel Bokassa, Yvonne est emprisonnée pendant deux jours en tant que meneuse des manifestations de la jeunesse. Elle quitte alors la Centrafrique et poursuit ses études en France. Plus tard, elle décide de monter une association pour venir en aide aux femmes de son pays, cette tranche de la population « très fragilisée mais qui a du potentiel ». Elle se consacre d’abord aux problèmes du sida. « En 2003, j’ai constaté qu’il y avait trop de femmes victimes de la polygamie qui avaient été infectées. Pendant dix ans, on a beaucoup aidé ces femmes et on les a dirigées vers le microcrédit. »

En 2012, elle souhaite fonder la « Maison des femmes » à Sibut. Une organisation qui proposerait des formations, la création de petites activités génératrices de revenus, une éducation à l’hygiène, et inciterait à la scolarisation des filles dont le taux à atteint aujourd’hui moins de 20 %. Mais elle doit suspendre ses activités à cause des offensives militaires de la Séléka contre le pouvoir en place.

« On recommencera encore, jusqu’à ce que ça aille »

Au mois de novembre dernier, Yvonne Mété Nguemeu était de nouveau présente en Centrafrique. « J’étais là-bas et l’on construisait un four séchoir pour améliorer la production agricole. » Mais encore une fois, les événements l’obligent à partir. Pourtant, elle ne veut pas abandonner tous les efforts réalisés pour améliorer la vie des femmes. « On s’est battues pour les violences faites aux femmes en faisant une manifestation autour du 25 novembre. Il y a un certain nombre de projets qui ont été suspendus, mais je retournerai là-bas. Il faut être auprès d’elles. On recommencera encore, jusqu’à ce que ça aille. » Yvonne sait qu’en ce moment le travail est d’autant plus important : « Les femmes sont à terre, victimes de la violence et de l’horreur. Je retournerai sur le terrain dès que possible ».

En attendant, celle-ci appelle régulièrement les femmes de son pays : « Je garde contact avec elles. Je ne les lâche pas. Quand Sibut à été occupé, certaines ont dû fuir dans la brousse avec leurs enfants. Mais elles m’appellent et me racontent ce qui se passe, leur quotidien, leur calvaire ».

L’ampleur des dégâts pour les femmes est énorme, surtout concernant les violences sexuelles. « Déjà en 2003 quand François Bozizé voulait prendre le pouvoir, on utilisait systématiquement le viol comme une arme de guerre. Les rebelles congolais violaient femmes et enfants. Cela continue encore. Dans le Nord et l’Est, les ONG n’y vont pas, et ce sont des zones où les femmes ne vivent que des atrocités. »

« Les femmes sont meilleures gestionnaires que les hommes en Centrafrique. »

Yvonne Mété Nguemeu attend donc beaucoup de Catherine Samba Panza, ancienne maire de Bangui élue présidente de transition le 20 janvier, pour aider le pays à sortir de la crise. « Je compte sur elle. J’espère qu’il y aura moins de détournements d’argent public. C’était pour moi la seule candidate valable. » Elle espère également que les autres femmes présentes sur le terrain seront encouragées à s’impliquer davantage en politique grâce à cette élection. « Les femmes ont toujours eu peur de ne pas être prises au sérieux. Mais moi j’ai plus confiance en une femme qui gère l’Etat. Les femmes sont meilleures gestionnaires que les hommes en Centrafrique. »

Yvonne attribue d’ailleurs principalement les échecs de son pays, aux luttes des hommes pour le pouvoir politique. « Environ 85 % de nos jeunes n’ont pas de travail. C’est pour cela que des hommes politiques véreux peuvent les embaucher à tout moment pour aller conquérir le pouvoir. » Elle regrette que les femmes ne se soient pas assez investies depuis bien longtemps dans la gestion du pays. « Elles ont fait confiance aux hommes et se sont écartées. Elles n’ont pas osé prendre une place importante. »

L’arrivée des soldats français en Centrafrique pour calmer la situation, Yvonne l’a vécue comme une bénédiction quand elle était sur le terrain cet hiver. « Si je suis sortie vivante de Bangui, c’est grâce à l’armée française. J’étais d’abord à Sibut où c’était calme. Puis je suis allée à Bangui le 13 décembre pour aller chercher des médicaments et j’ai ensuite vécu la galère. J’ai dû fuir à pied jusqu’au 26 décembre, pour aller à l’aéroport. J’étais réfugiée dans une communauté religieuse et ça tirait tout autour dans les deux camps. J’ai appelé à l’aide l’armée française. J’ai enfin pu prendre un avion pour rentrer en France le 28 décembre. »

Yvonne Mété Nguemeu attend maintenant le jour où elle pourra retourner dans son pays pour y construire la Maison des femmes et gérer la situation au moment de la saison des pluies : « J’aimerais y aller au moins deux mois cet été car il y a beaucoup de décès dus au paludisme à cette période. Je veux combattre cette hécatombe en m’organisant avec les femmes là-bas. » Mais pour cela, il faudra que les tensions se soient apaisées. « Je pense qu’il serait temps que ce pays puisse prendre le chemin du développement comme beaucoup d’autres pays d’Afrique. Un jour, ça finira bien par tenir debout. »

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