Fanzine-moi un média !

« Fanzine » ? Vous avez dit « fanzine » ? Mais c’est quoi au juste un fanzine ? Si certains les pensaient morts et enterrés à tout jamais par la presse professionnelle ou transformés en webzines avec l’essor d’Internet, ces OPNI (objets de papier non identifiés) gardent encore une place au sein de la presse indépendante malgré des difficultés de diffusion et de visibilité. Delphine Y. alias Apsara, présidente de l’association UDoduF (Utopie Documentaire du Fanzine) et fanzineuse, se consacre à faire connaître et reconnaître ce média alternatif libre et indépendant. Interview.

Pour certains le fanzine est un journal fait par des amateurs autour d’un même sujet. N’est-ce pas un peu restreint comme définition ?

Donner une définition correcte du fanzine s’avère extrêmement problématique. Beaucoup se retranchent derrière l’étymologie qui est donc « magazine de fanatiques » alors qu’aujourd’hui le terme dérive. En effet, toute la tendance « graph’zine » ou même les fanzines de BD ont de moins en moins vocation à mettre en avant un art mais plus à s’exprimer via un média périodique original, libre et atypique.

En ce qui me concerne, je considère le fanzine comme un journal intime destiné à la reproduction. Il ne doit pas forcément véhiculer des idées, on peut tout aussi bien dessiner, faire des collages ou écrire dedans mais il doit toujours être reprographié. Il existe toutes sortes de fanzines et tout le monde – même celui qui ne sait rien faire – peut en créer un.

« Je considère le fanzine comme un journal intime destiné à la reproduction. »

Quelles sont les problématiques liées au fanzine ?

C’est une presse amateur qui circule par des moyens difficiles. Le gros problème des fanzines c’est la diffusion. Ils n’ont pas accès aux kiosques et seulement à un certain nombre de librairies, les rares qui acceptent de prendre quelques dépôts. Le grand public ne les connaît donc pas et se tourne assez peu naturellement vers eux.

De plus, sur tout ce qui est événements, festivals, salons, il va y avoir des coûts. Par exemple, pour un stand au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, il faut débourser 150 euros. De même pour la Japan Expo, les prix sont aussi élevés. Certains salons ne demandent pas de frais mais encore faut-il pouvoir se déplacer.

Cependant, ces problématiques (diffusion et visibilité) ne sont considérées comme telles que par rapport à la grande distribution. Avec le fanzine, on est sur une autre échelle : ils s’échangent de la main à la main et hors des circuits officiels. C’est d’ailleurs là où réside la force de ce média car en touchant un public qui partage déjà des éléments de notre culture de masse, il s’intéresse tout particulièrement à un aspect culturel et non à plusieurs de manière fouillis.

Comment se procure-t-on un fanzine alors ?

En général on diffuse en local. Le cliché c’est le fanzine que tu vends à ta grand-mère. C’est difficile de sortir de son cercle familial, amical. Un fanzine existe de ce fait par son réseau, il s’inscrit dans quelque chose de collectif.

Les fanzines de musique par exemple tendent à rentrer en communication avec des personnes qui s’intéressent à un même genre musical et créent ainsi une communauté de fans ou ce que j’appelle des « fanzineux ».

Un fanzineux a déclaré : « Internet, c’est la meilleure chose qui soit arrivée aux fanzines ». Selon vous, de quelle manière le net a-t-il bouleversé l’univers fanzine ?

Je constate qu’avec l’essor d’Internet, tous ceux qui avaient juste besoin de communiquer du texte ou de l’information sont partis sur les blogs, les sites, allant même jusqu’à créer ce que l’on appelle des « webzines » (magazines diffusés sur Internet qui proposent régulièrement des articles sur un sujet spécifique). Mais beaucoup de fanzineux – attachés au papier – sont restés fidèles au fanzine. Pour ma part, j’apprécie plus le papier qui me permet de créer un contact plus facilement avec les autres.

« Tant qu’il y aura ces alternatives populaires aux mass médias uniformes, tant que l’on appréciera les zines mal foutus au papier glacé sans sincérité, je pense que le « Fanzine spirit » n’est pas prêt de s’essouffler. »

Les fanzines, journaux papiers faits entièrement à la main, ont-ils connu des transformations d’écriture, de mise en page, de visibilité, etc. proposées par le numérique ?

Avec les nouvelles technologies, de plus en plus de gens délèguent la fabrication de leur fanzine à des imprimeurs en ligne. Le façonnage n’est donc plus personnel. L’époque où on faisait des mises en page à la colle et aux ciseaux est presque révolue, aujourd’hui on utilise un ordinateur.

Avant on allait au photocopieur puis on retournait nos pages et on agrafait le tout ou alors on le fixait à la colle qui se mêlait à la bière car en général la partie création était assez festive. Désormais, on a juste à attendre le facteur qui vient nous apporter un colis avec à l’intérieur un fanzine mis sous plastique et parfaitement assemblé.

Cela soulève évidemment un paradoxe car à la base un fanzine c’est un objet que tu crées toi-même et non pas un produit assemblé par la main d’un autre dans un atelier à l’autre bout de la France. Est-ce qu’on n’échappe pas justement à la mentalité du fanzine ? C’est une évolution contemporaine en fonction des médias de l’époque.

En parlant des médias de l’époque, comment le fanzine s’est-il imposé dans le domaine de la presse ? Quelles sont les grandes dates à retenir ?

Le fanzine a, selon moi, précédé le journalisme et la presse professionnelle puisque la presse telle qu’elle est apparue au XVIIè siècle ce n’était pas vraiment de la vraie presse au sens où on l’entend aujourd’hui. Les journalistes de l’époque étaient en quelques sortes des amateurs, ils étaient d’abord écrivains, artistes ou critiques. De plus, comme les fanzines, ces journaux sont nés d’une impulsion de vouloir partager et communiquer. Par conséquent, si le fanzine est un processus alors il existe depuis très longtemps.

Pour ce qui est de son histoire – pour être plus précise – le mot est apparu aux Etats-Unis vers 1930 dans l’univers de la science-fiction . Il s’agissait d’abord d’échanges de lettres entre fans qui les regroupaient ensuite sous forme de fascicules. Plus tard, le fanzine a commencé à se diffuser dans le milieu punk adepte de sa logique du « do-it-yourself » ainsi que de son esprit politiquement incorrect.

« Aujourd’hui, il faut être réaliste personne ne viendra assister à un événement juste pour consulter des fanzines, il faut donc organiser des expos, des ateliers, des débats autour pour animer l’esprit Fanzine »

Quel avenir pour le fanzine ?

Le fanzine est encore dans une faille car il n’existe pas aux yeux de la loi. Et par rapport au très faible tirage qu’on fait, ce n’est pas envisagé que le média existe. De plus, il n’y a aucune structure juridique et économique pour l’encadrer. Mais vous savez quoi, je ne vois en cela que du bon car du fait que les fanzines ne soient pas reconnus ni par le système légal ni par les professionnels du journalisme leur apporte une grande liberté dans la forme comme dans le fond.

Tant qu’il y aura ces alternatives populaires aux mass médias uniformes, tant que l’on appréciera les zines mal foutus au papier glacé sans sincérité, je pense que le « Fanzine spirit » n’est pas prêt de s’essouffler.

UDoduF, l’association créée par Apsara il y a quelques années, a pour but d’identifier plus facilement le réseau des fanzineux. Les gens parlent généralement d’un type de fanzine en oubliant tous les autres qui répondent moins aux critères d’identification. L’association vise ainsi à créer des micro-événements lors desquels une bibliothèque itinérante est mise à leur disposition. Cette caisse de fanzines en consultation permet à tous les curieux de découvrir tous les types de fanzines sans forcément les acheter.

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