À l’International New York Times, on trouve que le Web « change tout »

Embarqué avec le reste du Master Journalisme, me voilà dans les locaux de l’International New York Times. Visite guidée.

Mercredi 12 Février, 13h. Comme un fou au moment d’aller visiter les bureaux de l’International New York Times. Un média étranger, un vrai ! Je commence à me hasarder sur notre futur trajet : « Comment ça se passe ? On prend le RER jusqu’à l’aéroport et après direction les USA? ». « Non, on va juste à Courbevoie ».

Courbevoie… Près de la Défense ? J’en conclus qu’on ne va pas à New York. Mais un rappel cours d’histoire aurait pu éviter de me ridiculiser. L’International New York Times, autrefois (jusqu’au 15 octobre 2013 en fait) baptisé International Herald Tribune, est un journal fondé à Paris en 1887 par le journaliste James Gordon Bennett Jr. D’abord Paris Herald, le quotidien devient le New York Herald Tribune, pour former une édition européenne du New York Herald, un journal créé par James Gordon Bennett senior (Papa de…), et s’adressant aux Américains expatriés. Ce petit frère a failli disparaître lorsque le New York Herald arrêta son édition en 1966, mais sa reprise par le Washington Post et le New York Times sauva le quotidien, qui se renomma International Herald Tribune jusqu’à ce changement final.

« Beaucoup de choses basiques n’ont pas changé »

Apparemment, travailler dans un quotidien à 4 noms ne pose pas de problèmes à Elizabeth Fahri, journaliste américaine, qui nous explique déjà le nouveau nom : International New York Times. «  On a été renommé par la maison-mère. Il leur a fallu quelques années pour décider ce qu’ils allaient faire. Ils ont choisi dans un projet d’expansion internationale de changer notre brand (sic). Beaucoup de choses basiques n’ont pas changé. » Parmi elles, la diffusion, très importante pour le quotidien. « On a 40 sites d’imprimeries locales. On est les seuls à en avoir autant je crois (…), ça nous épargne pas mal de problèmes avec les censures dans les pays à risques ». Utile, puisque l’International New York Times n’est pas un quotidien destiné aux Américains, avec deux tiers de son lectorat issu de l’étranger.INYT "3 In"

Et ça se ressent dans son fonctionnement. Lorsque Elizabeth Fahri nous raconte la journée type de l’INYT, on a un peu la tête qui tourne. « Cela commence en Asie à Hong-Kong, ils lancent la journée. Ils préparent les infos avec un peu d’aide de Paris, et ils entretiennent le site web, principalement les pages internationales. (…) La prise en main de New York se fait vers 14-15h, comme ça on a à peu près couvert le monde entier. » Une mondialisation importante pour coller à la devise du canard, les fameux trois « In » : Informed, Inspired, In Depth.

« Tout le jeu est de le poster sur le web en premier. »

Citation INYTLa visite et les conversations continuent. Ça parle couverture de l’actualité française, contenu du journal et formation « multiplateforme » des nouveaux journalistes ( « On est mieux formé qu’à mon époque » ), mais on discute surtout de l’apport du web sur le journal : «  Je trouve que le web change tout commence Elizabeth Fahri. Mais je pense qu’on a pas besoin d’être entouré de news tout le temps. Le problème sur le web c’est que tout est égalitaire. Tout ce qui est sensationnel est publié devant les sujets sérieux, qui passent à la trappe » déplore t-elle. Et illustre son propos avec une anecdote. « Il y a quelques mois, on a eu un problème. On a failli publier une photo de la Tour Eiffel avec les couleurs de l’Afrique du Sud pour la mort de Mandela. Heureusement une de nos photographes nous a prévenu que la photo avait été prise à l’occasion de son anniversaire (le 18 juillet 2013), sinon on aurait eu l’air bête ! ». Mais tous les médias ne font pas preuve d’autant de vérification, « tout le jeu est de le poster sur le web en premier ».

Une neutralité totale

Intervient une nouvelle journaliste, spécialisée dans la mode (« un énorme business »), qui nous parle de sa vision un poil pessimiste du journalisme moderne, dans un anglais à couper au couteau, saupoudré de « basically », « you know »... « Lorsque j’ai commencé ce métier, votre rôle était défini. That’s been gone » affirme t-elle, un sourire peiné en coin. Et ce n’est pas le seul soucis. « Ne vous spécialisez pas dans des programmes informatiques en particulier. Vous pouvez vous y connaître mais je peux vous garantir que les programmes dans lequel vous vous spécialiserez seront démodés d’ici 10 ans. Elle est aussitôt suivie par notre guide-journaliste : C’est un peu la malédiction de votre génération… »

Un principe qui n’est en tout cas pas démodé dans le quotidien, c’est sa neutralité. Elizabeth Fahri prend l’exemple d’une jeune journaliste, Française de surcroît, qui a beaucoup écrit sur les immigrés de Calais. Lors d’un papier sur le film Welcome, elle a dû reformuler entièrement certains de ses passages, jugés trop empathiques avec les immigrés. « Dans nos articles tu n’affiches pas tes alliances politiques. Si on pense que ton article pèse trop gauche ou droite, ou même s’il est trop anti-France – ou anti-machin – on va t’appeler et te remonter les bretelles ! ». Et pour convenir à cette neutralité, ils en viennent même à refuser les cadeaux qu’on leur fait. Des doubles pages « opinions » sont présentes dans le journal pour laisser transcrire les avis personnels, mais pas ceux des journalistes. « Pour nous, quand tu es journaliste, tu vas pas faire d’articles pour les pages opinions. C’est complètement séparé, on ne sait pas du tout ce qu’ils font, et eux non plus. » Et si l’un d’eux déroge à cette règle.. « C’est un peu moins strict qu’autrefois, mais c’est très rare de voir un journaliste parti dans la rubrique « opinion » revenir parmi nous ».

La visite se termine, les journalistes sur leurs écrans nous accordent un rapide coup d’œil. Il est 16h, temps de passer la main à New York. Si l’information traverse l’Atlantique, moi j’ai juste besoin de traverser le RER.

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2 réflexions sur “À l’International New York Times, on trouve que le Web « change tout »

    • Si je peux vous aider dans vos interrogations, n’hésitez pas ! Par quoi n’êtes vous pas convaincu ? L’article ? Le fonctionnement du journal ?

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