À Thury-Harcourt, le polo se joue sur un kayak

Les plans d’eau de Thury-Harcourt (Normandie) ne connaîtront de répit que dimanche 28 septembre. La faute aux onzièmes championnat du monde de kayak-polo, un sport nautique qui mélange basket, handball et water-polo, le tout dans un kayak. Au total, 600 athlètes – féminins et masculins, équipes premières et équipes espoirs – issus de 27 pays différents est venu poser leurs pagaies sur les bords de l’Orne, alors que 50 000 visiteurs sont attendus.

De quoi rendre Paul Chandelier, maire de cette commune de 2000 habitants et grand artisan du projet, emplis de bonheur et de fierté. « Toutes les délégations nous le disent, ce sont les meilleurs championnats du monde qu’on ait jamais eu », annonce-t-il en débarquant sur un site qui avait déjà accueilli les championnats d’Europe en 2007.

Un premier essai qui a servi pour faire de ce championnat du monde un événement. « Je ne voulais pas qu’on passe pour des amateurs qui font de la bricole. Ce sont les clubs qui m’ont poussé à poser notre candidature, se rappelle Paul Chandelier, citant les équipes de Thury-Harcourt et de Pont d’Ouilly, située dans le même canton. La Normandie c’est un peu la base de naissance du Kayak-Polo ». Les équipes nationales se retrouvent donc sur quatre espaces aquatiques de 35 mètres sur 23 pour deux mi-temps de dix minutes. Il y a cinq joueurs par équipe, avec trois remplaçants qui patientent derrière un but surélevé, que les joueurs protègent avec leurs pagaies.

Victoire facile pour les Bleues

En ce jeudi matin, c’est le terrain numéro 2 qui accueille les Bleues contre la Namibie. Favorites après un titre mondial en 2010 et une seconde place en 2012, les Françaises prennent très rapidement le large. À cinq contre cinq, elles alternent entre le maniement des pagaies et les transmissions rapides d’un ballon de handball, la conservation de ce dernier ne pouvant excéder 5 secondes.

Au final, les Bleues l’emportent 16-0 et laissent la place à leurs homologues masculins, qui rencontrent Singapour. Habillés de l’uniforme réglementaire (un gilet, un casque et une jupe), les deux équipes se toisent avant de se projeter vers la balle lancée au milieu par l’arbitre. Les joueurs français rencontrent la même facilité que leurs compatriotes (13-1) alors que sur le terrain voisin les 80 Néerlandais présent à Thury-Harcourt poussent leur pays, tenant du titre mondial, en difficulté face au Brésil.

« C’est une super image pour notre sport »

Une colonie batave qui n’a pas eu à payer pour encourager ses protégés, les places étant gratuites. « Je voulais que ce soit une fête populaire », souligne le maire. S’il n’a pu bénéficier de ce plus financier pour le budget de la compétition (800 000 euros), le comité d’organisation dont Pierre Chandelier est co-président a reçu 350 000 euros de la part… des joueurs et de leurs fédérations.

Normalement, l’organisation d’un championnat du monde échoit toujours à une capitale, qui confie l’organisation à une société privée. Pas cette fois, la ville ayant reçu le concours de plus de 600 bénévoles, dont des interprètes pour les équipes étrangères. Responsable de ces volontaires, Alexis Clavreul n’a pas encore eu le temps de voir un match des Bleus. « L’avis du public est plutôt largement favorable, se félicite cet éducateur sportif du Kayak Club de Thury-Harcourt. Au niveau de la fédération française de kayak, on a envie de développer cette activité et d’en faire un grand événement. C’est une super image pour notre sport. »

FFCK : KMSP - Julien CROSNIER

FFCK : KMSP – Julien CROSNIER

Il est vrai que les sportifs ne sont pas professionnels. Pour les étudiants évoluant en U21, ils bénéficient de dispenses d’activités ou de reports d’examens de façon à s’arranger scolairement avec le kayak-polo. « Après quand ils trouvent du travail, tous bénéficient de conventions d’insertion professionnelle. Ils sont au minimum libérés 45 jours par an, le nombre de journées de stages et de compétitions avec l’équipe de France », détaille François Martinez, le directeur technique des équipes de France.

Tony Estanguet parrain des championnats du monde

Malgré l’engouement proportionnel à l’événement, la professionnalisation ne semble pas envisageable. « Les sponsors privés n’investissent pas dans le championnat national (établi en 1983), il faudrait qu’il y ait des annonceurs et des spectateurs. Le kayak-polo ne remplit pas des centres comme celui là tous les jours » poursuit le directeur des équipes de France, qui estime qu’on ne parle du kayak que lors des médailles olympiques de Tony Estanguet, parrain de l’événement.

En attendant, les équipes de France déroulent pour les premiers matchs de la compétitions en étant placés dans des poules très abordables. « On essaye de rester concentrés pour les matchs à venir et la deuxième phase de groupe, qui va être plus dur avec des matchs couperets », tempère François Martinez. Les parties étant très courtes, un passage à vide collectif est souvent synonyme de défaites.

Paul Chandelier, lui, ne se soucie pas pour l’équipe de France. Le maire continue de remercier tous les participants à cette aventure, fiers selon lui d’accueillir un championnat du monde. « C’est comme au kayak-polo, c’est un sport collectif ! ».

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