Cash investigation : flop de l’audimat et top Tweet

Passée en prime-time pour son dernier opus sur l’industrie du tabac, l’émission de France 2, Cash investigation, n’a pas eu le succès escompté en terme d’audimat. Mais après coup, les retombées sont bien réelles.

Par Antoine Raguin 

Pour la saison 3 de Cash Investigation, son émission phare d’investigation qui enquête sur des sujets sensibles et obscurs (évasion fiscale, foot), France 2 a décidé de bouleverser son programme. Exit la deuxième partie de soirée, retour en prime-time. Le 7 Octobre dernier, l’enquête sur le commerce de cigarettes débute donc à 20h50 avec l’objectif de réunir de nouveaux téléspectateurs. Peine perdue. Face à la programmation de Mentalist sur TF1 (9,7 millions de téléspectateurs), la deux ne fait pas le poids. Pire encore, avec 2,4 millions de d’audience, elle se retrouve même derrière le téléfilm de France 3, Familles et turbulences et le magasine de M6, Gaspillage alimentaire, les chefs contre-attaquent.

Même une enquête bétonnée ne soulève pas les foules. Et les suivantes non plus.

Un an de travail, 200 000 € de budget et seulement 10% de part d’audience, c’est un sérieux camouflet pour la chaine phare du groupe France Télévisions. Mais les sujets traités y sont pour beaucoup. « Le choix de la thématique détermine l’audience, explique Romain Ambro, journaliste médias à Europe 1. L’industrie du tabac est un sujet clivant. Même s’il y a pleins de choses à mettre en avant, il y a néanmoins une forte proportion de téléspectateurs qui  n’est pas emballée par la thématique ». Pour pouvoir enquêter de cette manière, il faut cibler le domaine choisi. Dès lors, on se retrouve avec des sujets de niches. Et si le thème ne touche pas les quotidiens des gens, ils sont d’emblée moins intéressés. « Par exemple, la question de la cigarette est loin de mon quotidien, reprend le journaliste. Chez moi, personne ne fume, je ne fume pas non plus. Globalement, les conséquences néfastes du tabagisme, je les connais, mais une émission de deux heures sur ce sujet ne m’intéresse pas vraiment ».  La loi journalistique du « nombre de mort par kilomètre » prend tout son sens.

A voir les réactions pas vraiment sereines de certains protagonistes visés pendant l’émission, Elise Lucet et son équipe abordent des questions qui dérangent. Tout au long de l’investigation, les journalistes démontrent que les lobbys du tabac influencent les politiques européennes de santé au détriment de la sécurité des citoyens. Seulement, même une enquête bétonnée comme celle-ci ne soulève pas les foules. Et les suivantes non plus.

Le Monopole de France 2

En revanche, elle suscite pléthore de réactions. Notamment sur Twitter. Cash investigation se retrouve en tête des programmes ayant créés le plus d’interactions sur le réseau social. Tout au long de la soirée, pas moins de 15 000 tweets ont été postés ! Si certains d’entre eux dénoncent un programme qui va trop loin, faisant sans doute allusion à la référence à Pablo Escobar, l’ex-baron de la drogue colombien, la majorité des tweetos encense cette enquête, comme on en voit très (trop ?) peu à la télévision d’aujourd’hui. « Une émission qui rend fier de payer sa redevance télé », « A voir et à partager autant que possible », « un peu d’espoir pour notre métier de journaliste » peut-on lire en remontant le Hashtag #Cashinvestigation.

Sur le reste de la toile, les retombés sont également légions. Les articles vantant le mérite de cette émission fleurissent après chaque épisode. Elle fait même jalouser certains de leurs confrères. Arrêt sur images est allé jusqu’à remettre en cause la manière d’enquêter de Première Lignes… A tord, obligeant Daniel Schneidermann, créateur du site à monter au créneau et faire son mea-culpa.

«Aucune autre chaîne ne peut se permettre de faire ça»

Que cherche donc à faire France Télévisions avec ce programme ? Le groupe joue sur un autre terrain que celui de l’audience. Avec ces enquêtes très poussées, la chaîne du service public souhaite expliquer à tout le monde des affaires qui se déroulent en sous-main. Et sur ce sujet là, elle jouit d’un avantage que ses homologues du privée n’ont pas. « Ils sont couverts avec le service juridique de France Télévision, admet Romain Ambro. Aucune autre chaîne ne peut se permettre de faire ça. La crainte de perdre des annonceurs est trop forte !»

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